Certains le savent, d’autres pas encore : j’ai été enseignante de mathématiques en collège et lycée dans une vie précédente.
J’ai retrouvé dans un vieil email cette photo pour vous le prouver (oui, c'est bien moi à droite, avec XXX kilos en moins...):
Etre confronté à des jeunes est une sacrée expérience. Quand vous entrez dans la classe, 25 paires d’yeux curieux, parfois endormis, vous jaugent, vous détaillent sous toutes les coutures. Deux solutions s’offrent à vous : soit vous capitulez de suite, soit vous prenez les choses en main !
J’ai une petite anecdote à vous raconter, cela se passait à l’école française de Manille, pendant un cours de mathématiques à des 1ères S.
Pour comprendre ce qui va suivre, je tiens à rassurer les plus peureux, vous n’avez en aucune façon besoin de comprendre quoi que ce soit en maths ! Un
peu de bon sens devrait être amplement suffisant.
J’écrivais de ma plus belle écriture une résolution d’équation trigonométrique au tableau, avec ces craies qui sont une horreur pour ceux qui aiment garder des habits propres. Je commence avec entrain sur le tableau de gauche, puis, la solution étant relativement longue, et n’ayant plus de place sur ce tableau, je continue ma prose mathématique sur le tableau du milieu.
Pour jauger de la compréhension de mes chers petits élèves, j’observe leur regard.
Et j’en vois un, réputé de longue date pour son naturel stressé, littéralement effondré sur son bureau. Visiblement, il était en proie à un important combat intérieur et semblait sur le point de capituler.
J’arrête ma démonstration pour lui demander s’il arrive à suivre, et il se met à pleurer (oui, à 17 ans…) en hurlant presque qu’il ne comprenait rien.
Dans ce genre de situation, on est généralement assez désorienté, et je l’étais… il n’est pas si nul en maths d’habitude… incompréhension...
Je regarde les autres élèves qui me font comprendre par leurs gestes discrets qu’ils ne voient pas pourquoi il se met dans un tel état, et me sussurent que son unique neurone a probablement disjoncté (ah qu'ils sont tendres entre eux!)...
Alors je commence à mener ce doux interrogatoire :
-« tu bloques à quel endroit de la démo ? »
-« j’y comprends rien ! » hurle-t-il entre deux sanglots…
J’attends qu’il renifle un bon coup et réattaque :
-« montre moi où ça coince, je vais t’aider »
Un peu de patience, son cerveau se remet en place…
-« là ! » m’indique-t-il avec son bras tendu vers le tableau de gauche et les yeux rougis par ses larmes qui, à mon plus grand soulagement, ont fini d’inonder son cahier
-« sur la dernière ligne ? Là? » … je l’encourage pendant que ses petits camarades commencent à se fendre la poire
-« oui, j’y comprends rien ! Pourquoi vous écrivez tout ça là (c.-à-d. à sur le tableau de gauche) et puis d’un coup vous écrivez là (c.-à-d. sur le tableau du milieu) ? »
Que pouvais-je lui répondre d’autre que « Parce que je n’allais quand même pas écrire sur le mur ! Je n’avais plus de place !!! »
Il a bien fallu 5 minutes pour retrouver du calme dans la classe. Moi-même au bord de la crise de fou rire, j’ai dû déployer un self-control impensable pour ne pas craquer…




Réactions...